Surtout, agissons moins !

De toute part, on entend la même clameur : il faut absolument faire quelque chose. Il faut en faire bien plus. Ne restez donc pas là à ne rien faire ! Il faut agir pour éviter le désastre. Vraiment ?
Par Tom Hodgkinson
Que vous soyez écolos, de gauche, du monde des affaires ou au gouvernement, tout le monde est d’accord : il faut agir. Le désaccord survient seulement lorsqu’il s’agit de décider quelle action entreprendre.
Ne peut-on se rendre compte que c’est justement vouloir agir qui fait partie du problème ? C’est le besoin insatiable de l’humanité d’intervenir, de changer les choses, d’en fabriquer, de construire des tours, de concevoir des jouets en plastique, d’envahir la planète de voitures et d’avions, de conquérir, d’exploiter, de voler, d’aménager, de donner un coup de main, de larguer des bombes et de réaliser des profits - tout cela est à l’origine des désastres. Quarante années d’aide humanitaire en Afrique n’ont pas amélioré les choses.
La vanité de l’agir
Et c’est cette action et ce mouvement sous forme de pétrole qui épuisent la planète. Si seulement nous savions nous tenir un peu tranquilles et contempler, il n’y aurait pas de dégâts. Nous ne consommerions rien, et nous ne serions pas consommés ! Rester allongé dans un pré à regarder le ciel est un immense plaisir qui ne coûte rien, ne détruit rien et qui est donc très écologique. Cela ne fait de mal à personne. « Agir » relève d’une sorte de vanité : nous agissons dans l’espoir que les autres nous voient agir et nous considèrent comme des êtres bons et utiles.
Je propose donc une campagne pour en « faire moins ». Ce qui signifie : quoi que vous fassiez, faites en moins. Moins de travail, moins de transports, moins de sorties, moins de courses à droite à gauche, moins de télévision. Au lieu d’occuper tous vos samedis après-midi avec des courses sans intérêt, restez à la maison et ne faites rien, n’achetez rien. En faire moins permettra de soulager la planète ainsi que nos âmes. De regarder davantage par la fenêtre, de faire plus de lectures, plus de contes, de passer plus de temps autour du feu, avec plus d’interaction, plus de nature, plus de convivialité.
Un peu de répit !
La beauté du « faire moins » est si facile, si réjouissante et si utile. Quand vous en faites moins, vous donnez du répit à tout le monde. Vous économisez de l’argent, vous en aurez moins besoin et donc vous éprouverez moins la nécessité de faire un métier désagréable.
La beauté d’en faire moins, ou mieux, de ne rien faire du tout est de l’anti-fanatisme. Le fanatisme sous toutes ses formes est mauvais parce qu’il est arrogant. Que ce soit le fanatisme musulman, celui du libre marché, de l’environnement ou de l’athéisme. Le fanatisme est l’idée que vos convictions sont les meilleures et donc [qu’]il faut les imposer aux autres. Par la coercition et jusque à la force militaire.
La philosophie du non agir n’est pas nouvelle. Cela rappelle le taoïsme, cette sagesse chinoise qui prêche le non agir et le Wu Wei, ce qui signifie littéralement « sans action ». Ne faites rien et le bien adviendra. […]
L’idée du non agir est commune aux frontières mystiques de nombreuses religions, que ce soient les soufis, les saints catholiques, les bouddhistes zen, ou même le mysticisme protestant. Toutes ces traditions disent que les signes ostensibles de piété, autrement dit « regardez-moi comme je suis saint » trahissent de l’arrogance. Ce n’est pas l’action, mais le fait d’être qui est libérateur selon maître Eckhart.
On devrait moins penser à agir et plus à ce qu’on devrait être. Ne mettez pas votre salut uniquement dans vos bonnes œuvres, il repose aussi sur ce que vous êtes. Ce que vous faites ou ne faites pas est une voie facile car elle dépend uniquement de vous. Tant qu'il n’y aura pas de police du moins agir donnant des amendes à ceux qui en font trop.
Comments