Retour de guerre

Très nombreux étaient nos soldats démobilisés, de retour de Chine ou d’autres régions des tropiques, qui rentraient au pays. Tous étaient fatigués, maigres, en mauvaise santé, pitoyables. Parmi eux, certains étaient malades, d’autres même, le teint cireux, étaient transportés sur des civières.
Parmi cette foule d’hommes en piteuse condition, une compagnie pourtant se distinguait : les hommes qui la composait semblaient en pleine santé, ils ne cessaient de chanter en cœur. Et les chants qu’ils interprétaient étaient des compositions difficiles, à deux ou trois voix. La population venue accueillir les soldats débarqués à Yokosuka était très surprise. On posa des questions pour savoir si ces hommes avaient reçu une nourriture spéciale, pour être capables de chanter ainsi de si bon cœur.
En réalité, cette compagnie n’avait eu droit à aucune alimentation particulière, mais il est vrai qu’elle avait pratiqué l’art du chant tout au long de la campagne de Birmanie. Le capitaine était un jeune musicien tout juste diplômé d’une école de musique qui avait enseigné avec enthousiasme les techniques chorales à ses hommes.
C’était parce qu’ils chantaient que ces hommes avaient gardé le moral dans les moments durs. C’est le chant aussi qui avait dissipé leur ennui, qui leur avait fait conserver entre eux de bonnes relations de camaraderie et le sens de la discipline. Il est difficile de dire jusque à quel point cette activité les avait aidé durant cette longue guerre. En tout cas, c’était sans doute la raison pour laquelle ils rentraient au pays avec cet étonnant état d’esprit.
Michio Takeyama in "La harpe de Birmanie"
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