Pourquoi la musique et l'amour font-ils pleurer les humains

C’est une histoire qu’on raconte chez les soufis.
Dieu fit des merveilles quand il créa les mondes. Mais, c’est au terme de son œuvre qu’il rencontra la plus grande difficulté. Alors qu’en six jours il avait créés les Ciels et la terre, les végétaux, les animaux et Adama, le glèbeux, il ne put y faire entrer, dans Adama, la plus petite  parcelle de son esprit, comme telle était son intention afin de l’animer. Il tenta différents moyens, la force, la ruse. Rien n’y fit. L’esprit si souple, si léger ne pouvait se fixer dans la terre lourde et grossière dont était constitué Adama. Nous sommes d’ailleurs, nous autres humains, souvent confrontés à cette difficile cohabitation entre matière et esprit : ils ne font guère bon ménage ! Pourtant, cet échec sonnait, pour Dieu, le glas de toutes ses ambitions. Et s’arrêter si près de son but grandiose, c’était trop bête ! Il eut alors l’idée de faire appel aux anges : ce sont les ouvriers de Dieu. Vous savez peut-être que les anges passent l’éternité à chanter, quand ils ne sont pas occupés à réaliser un ordre divin. On appelle cela, la musique des sphères. Dieu se disait que la musique était le plus beau compromis qu’il avait jusque alors réalisé entre la matière et l’esprit. Alors, peut-être que cela aiderait...

Aussitôt dit, aussitôt fait. Les anges se rangèrent selon leur milice, et entonnèrent les hymnes sublimes qu’ils connaissent bien. Alors, le miracle se réalisa pleinement. L’esprit de Dieu entra dans Adama et y resta. Ainsi, on pu dire : Dieu le créa à son image, homme et femme Il le créa.
Vous comprenez mieux, j’imagine, pourquoi la musique nous fait parfois pleurer. C’est que nous sommes, en l’écoutant, plongés dans la nostalgie de cet instant sublime, de ce moment merveilleux entre tous : quand, dans un concert de musique céleste, l’Esprit de Dieu nous anima.
Mais revenons, si vous le voulez bien, au paradis.
Tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes. Et Dieu était fort réjoui. Il faut vous dire qu’il y avait de quoi. Imaginez ! En six jours avoir créé toute la création, on serait heureux à moins. Il décida de fêter cela, et de s’offrir une bonne bouteille de vin du Jardin d’Eden.
Il grimpa sur un nuage, s’y assit et déboucha sa bouteille. En contemplant son oeuvre, il dégustait son nectar. Il fit tant et si bien qu’il vida le flacon, et se vit d’un coup saoul, ce qui ne lui était jamais arrivé. Perdant le sens de la mesure, il eut alors quelques gestes désordonnés qui le firent chuter de son nuage sur la terre. Adama dormait. Dieu lui tomba dessus, et, sous le choc, Adama se fendit en deux. D’un côté le féminin, de l’autre le masculin. Dieu était bien embêté. Il se cacha vite derrière un buisson pour voir ce qui allait se passer. Cela contrariait fort son projet, “homme et femme à la fois”, pas séparés ! Il vit alors les deux parts de Adama s’éveiller, se chercher à tâtons, se caresser, se reconnaître et geindre fort : elles pleuraient déjà cette séparation qui devait s’avérer définitive, c’est-à-dire perpétuelle. L’union du masculin et du féminin était si douce, si confortable, que la nouvelle condition d’êtres séparés - qui pourtant ne manque pas d’avantages - leur faisait misère.
Et, depuis, les hommes et les femmes se cherchent, se rencontrent, se caressent et se reconnaissent. Puis ils pleurent encore et encore de cette séparation qu’ils n’ont jamais comprise ni jamais acceptée.
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