La voix sans bouche

Elle était grave, bien frappée, articulée avec soin, riche en modulations, cultivée, plaisante. Elle inspirait l’estime, la confiance, presque la sympathie, elle ne manifestait pas d’arrogance, pas de défi, mais non plus de crainte ou de réserve. Elle exprimait la bonne volonté, la bonne grâce les plus grandes. On y sentait le désir d’apporter un concours entier à l’interlocuteur, de satisfaire à toutes ses questions, et même d’aller au-devant d’elles.
C’est pourquoi le dialogue enregistré avait le ton de la meilleure compagnie. Le commissaire qui interrogeait [...] n’avait pas besoin de menacer, gronder, insister, presser. L’accusé ne montrait qu’un désir : l’aider dans sa tâche. On entendait souvent des phrases comme celles-ci :
- Vous permettez, Monsieur de Commissaire que j’ajoute quelque chose, disait [...].
Et la voix d’Adolf Eichmann continuait son propos...
Joseph KESSEL
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