De l'influence des musiques sur les comportements

L’évolution, ou l’involution de la musique annonce des changements profonds dans la société, de nouveaux courants de pensée. Elle précède nos dérives et anticipe nos renaissances. De même, les musiques que nous écoutons régulièrement entrent en synergie avec notre être profond, l’influençant positivement ou négativement selon la nature de leurs vibrations.
Courants musicaux et problèmes de société
La musique assistée par ordinateur a proclamé l’avènement de la civilisation du management, des nouvelles technologies de communication. Sur les logiciels de musique, on trouve, d’ailleurs, des programmes pour “humaniser” la musique qui vient d’être créée !
L’ultra dissonance de la musique contemporaine conduit à une perte de repères, à une désagrégation des émotions et des sentiments qui structurent notre personnalité, à l’impossibilité de les inclure dans notre histoire personnelle, puisque ces musiques sont avant tout des concepts d’acousticiens et d’informaticiens. Elles n’ont - de surcroît - ni commencement, ni fin et ne contribuent pas à nous construire, mais plutôt à nous décentrer.
Plus primal, le rap renvoie à la culture tribale, au clan, à la révolte des minorités. Comme jadis le blues, c’est à la fois un chant de revendication, une incantation des banlieues - des récitatifs sur des mélodies réduites à leur plus simple expression - mais aussi l’expression de la montée des communautarismes [...].
Le rave, la techno sont festifs, rassembleurs, mais leurs rythmes extatiques tournent désespérément à vide. Certes, ces musiques urbaines impliquent des états modifiés de conscience, mais dénués de sens, de finalité, de transcendance. On est loin de la transe chamanique quand la techno martèle le sol de ses résonances graves, qu’une ivresse stérile s’empare des danseurs, que leurs balancements se font autistiques, enfermés dans leur bulle de solitude, les oreilles cadenassées du monde extérieur par les méga basses.
Plus positif, le new age et ses musiques relaxantes, méditatives et parfois minimalistes, s’inscrivent dans une vision holistique de l’être prônée par quelques chercheurs sincères et, malheureusement, aussi par des groupes sectaires.
La world music adoucit les dissonances de la mondialisation en replaçant l’humain dans son chant de la terre, dans la recherche d’un mode de vie naturelle, dans le respect des diversités et des cultures.
A chacun de faire son marché dans les musiques actuelles, en prenant conscience qu’on ne met jamais un CD par hasard dans son lecteur laser, que chaque musique correspond à un état de l’être - en référence aux ragas indiens -  et qu’elle s’inscrit dans notre vie, accompagne tel évènement heureux ou malheureux, et donne à chaque moment son supplément d’âme.
Quand la musique rend sourd et violent
Revenons sur l’influence des musiques urbaines sur les jeunes. La dynamique constante de ces musiques écoutées à des volumes très élevés (110 dB et plus) provoque des surdités partielles, la plupart du temps définitives. Si on les compare avec la musique classique, la chanson ou le jazz, on constate que ces styles musicaux comportent des creux de dynamique d’environ 25 dB. durant ces micros périodes de repos, l’oreille a la possibilité de récupérer et de se régénérer.
Par conte, le rap et la techno ne comportent pas d’écart de dynamique aussi importants, puisque ceux-ci varient au maximum de 3 dB. L’oreille est donc soumise pendant des heures à un flux constant de décibels [de haute intensité]. Saturée et surmenée, l’audition s’en trouve altérée. On ne compte plus les adolescents qui souffrent d’acouphènes [sifflement ou bruits fantômes qui ne sont perçus que par celui qui en souffre]. Ces sifflements d’oreilles constants sont à l’origine de troubles mentaux, de tentatives de suicide, de replis sur soi et de désocialisation. Toutes ces musiques compressées, remastérisées, optimisées jusque à la saturation dans les casques des Ipod et des Walkmans s’ajoutent à la liste non exhaustive des agressions auditives.
Plus intéressant encore, la perte de sensibilité de l’oreille se situe souvent aux environs de 3.500 Hertz : c’est la zone de décryptage de l’expression parlée, celle qui permet de comprendre le sens des mots. Privés de ces fréquences, certains jeunes auront donc des difficultés à maintenir longtemps une conversation car l’effort demandé pour la comprendre sera trop important. Ils continueront à percevoir les fréquences graves des sons sans pouvoir accéder à la zone d’intelligibilité des la parole située dans l’aigu. Ces atteintes auditives auront des conséquences non négligeables sur leur comportement social : le sentiment de ne pas être compris, d’être isolé, rejeté, agressé engendrera de la violence et du désespoir.
Cette fuite en avant vers le “toujours plus de décibels” se manifeste aussi par la mode du tuning : des accessoires automobiles “branchés” mais aussi des sonos de plus de 300 Watts [en fait jusque à plus de 1.000 Watts !]. Qui n’a pas croisé de ces véhicules qui crachent leurs décibels [...] à des kilomètres à la ronde ? N’avez-vous pas constaté le comportement agressif de ces conducteurs “boostés” par les fréquences graves de leurs enceintes intégrées, fascinés par ces sons qui cannibalisent le silence, qui imposent par la force des décibels ce qu’ils n’ont pas obtenu par la force des mots, par la force de l’amour ? Les musiques urbaines annoncent des temps incertains. Souhaitons qu’un jour, elles expriment enfin la pureté de notre âme.
Philippe Barraqué


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